KELLY BEEMAN, DISTANT CITIES, Perrotin Paris, (24 mai — 29 juin 2024)

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La galerie est heureuse de présenter Distant Cities, la première
exposition personnelle de Kelly Beeman en France et sa troisième
exposition avec la galerie (Séoul, 2022; New York, 2023). L’exposition présente trois nouvelles peintures et vingt œuvres sur papier, dont des peintures à l’encre monochromatiques—un médium qu’elle a commencé à explorer récemment.


Dans les œuvres de Kelly Beeman, la vie s’écoule paisiblement. Des
jeunes filles y goutent le repos dans des parcs et jardins nord-américains.
La nature est idyllique, rien ne semble pouvoir troubler la quiétude des
protagonistes alanguies. Les jeunes filles chantent, jouent du piano,
s’allongent sur un lit ou un tapis d’herbe confortable, prennent la pose
dans une rue commerçante ou tiennent entre leurs mains un bouquet de
fleurs blanches. Calme, luxe et volupté.

La réalité, on le sait, est tout autre. Dans la «vraie vie», le monde est
agressif, violent, la guerre et les tensions le minent. Il ménage peu de
respirations, n’encourage pas les moments de bien-être. Ce sont des
instants qu’on arrache à la réalité. Le regard de Kelly Beeman est
platonicien. L’artiste dépeint le monde non pas tel qu’il est, mais tel qu’il
devrait être en théorie. Au fil du temps, Beeman a commencé à réduire
l’importance accordée à l’individualité de ses sujets, les percevant
comme les composantes d’une entité singulière. Actuellement, les
seules caractéristiques distinctives de ces sujets sont leur accoutrement,
leur échelle – à l’instar de la taille réduite de la jeune fille par rapport aux
autres – et parfois leur genre, en particulier lorsque Kelly Beeman
dépeint les relations amoureuses. Elle affirme que le monde représenté
picturalement dans son œuvre pourrait exclure l’expérience individuelle
et qu’il s’agit plutôt d’un royaume idéalisé où la connexion est sans faille.
Dans cet espace imaginé, la notion de conflit interne ou de tension au
sein des individus semble incohérente.

L’histoire de l’art abonde de visages récurrents. L’œuvre de Beeman
rappelle les traits doux et allongés et le regard intense de la femme qui
hantait les tableaux de Sandro Botticelli. Comme la Laure de Pétrarque
ou la Béatrice de Dante, cette femme énigmatique, qui a totalement
captivé le peintre, incarne l’idéal féminin. Il y a également des échos
aux visages angéliques mais aux yeux vides qui fouillent nos âmes
d’Amedeo Modigliani, ainsi qu’à la peinture préraphaélite de Rossetti
et Burne-Jones.

L’exposition s’intitule Distant Cities. De nombreuses œuvres contiennent
des éléments architecturaux, sortes d’écrins à la fois rassurants et, dans
une certaine mesure, menaçants, pour les figures de Beeman. La ville y
est envisagée comme une métaphore d’un futur pas forcément radieux,
auquel on s’efforcerait de se soustraire, malgré le calme apparent des
scènes. Parfois ce futur nous angoisse, et dans le même temps il nous
enthousiasme. Nous entretenons un rapport plus qu’ambivalent avec
l’avenir.

Une figure plus petite en taille symbolise les mouvements de va-et-vient
dans le temps. «Elle est une version plus jeune des “autres”. Parfois ces
derniers semblent la protéger. Ailleurs, elle parait s’enfuir, et ils tentent
alors de l’en dissuader… Je songe souvent au temps, à l’expérience,
ainsi qu’à cette étrange sensation de discontinuité qu’on éprouve parfois
dans la vie, spécialement durant les épreuves traumatiques et de perte.
Quelques-unes des peintures de cette exposition relèvent davantage de
la mémoire que de la fiction, mais la frontière est assez floue», nous dit
l’artiste.

La ligne claire caractérise les œuvres de Beeman qui se révèlent très
graphiques et minutieusement composées. Chaque chose est à sa
place dans cet univers, même le vol des oiseaux dans le ciel semble
soumis à un ordre précis, millimétré. Toutefois, on subodore qu’un rien
pourrait instiller une dose de chaos dans la mécanique bien huilée créant
un sentiment à la fois de solidité et de fragilité.


Les peintures ont la délicatesse de la soie peinte, la douceur d’une
marqueterie de marbre, mais aussi une certaine froideur qui maintient
malgré tout à distance. Elles ont quelque chose de désuet, semblent
avoir été peintes à une époque révolue. Comme si un cataclysme depuis
avait rebattu les cartes. Elles sont des signaux envoyés depuis un autre
monde. Comme l’écrit encore si bien l’artiste, «elles aimeraient parfois
que le temps s’arrête».

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Hakkında KolajART

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