Safak Gunes Gokduman: Les Façons de Voir Aux Portraits de Jean-Pierre Séguin

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Volunteer Nuurse, detay

Traduction par: Goksu Simsek

Né en 1951 à Montréal, Canada, Jean-Pierre Séguin a fait ses études d’art à l’Université du Québec à Montréal. Il a été professeur au Département des arts et lettres de l’Université du Québec à Chicoutimi de 1979 à 2010. Jean-Pierre Séguin qui a créé aux premières années de son art des peintures abstraites en sens conceptuel pas aussi en sens stylistique, est devenu célèbre avec ses portraits ; mais il n’a pas aussi renoncé à son intérêt à la peinture abstraite. Il a exprimé que durant le processus de son odyssée, comme tous les artistes, il a été influencé par des genres et artistes différents mais il a enfin décidé de peindre des portraits. Mais le fait de déclarer qu’il peint seulement des portraits sera fermer ses yeux sur sa polyvalence. Parce que sa perception des portraits est bien différente des approches classiques et c’est possible de remarquer sa perception spécifique des portraits à ses photos, estampes, assemblages et même dans ses sculptures. L’aspect le plus important lequel lui différencie des autres artistes qui peint des portraits c’est qu’il prête de l’importance à l’interaction avec le spectateur. Aux portraits des célébrités, qui sont parfois ses connaissances et parfois peintes juste parce qu’il les trouve correspondantes au concept, comme Michael Snow, Gherard Richter, Raymond Lavoie, Andy Warhol, Louise Bourgeois, Marina Abramovic, Guido Molinari, Chuck Close, Raymonde April, Damien Hirst et Kara Walker il inclut le spectateur dans le jeu en enlevant son identité moyenne du spectateur, comme les romans postmodernes qui incluent le lecteur dans le processus de la création de l’ouvrage, les œuvres de Jean-Pierre Séguin incluent le spectateur dans le processus de création. Sa méthode inductive à ses peintures pointillistes ou ses assemblages créés avec des matériaux différents force le spectateur à se déplacer en avant et en arrière de l’œuvre et saisir des images différentes grâce à l’illusion créée. C’est-à-dire qu’il arrive à créer une œuvre abstraite en utilisant des matériaux concrets.

La façon de la perception de la peinture constitue le fondement de la recherche artistique de Jean-Pierre Séguin. Il croit que la perception du spectateur changera en fonction d’usage de techniques différentes et accepte la technologie comme un moyen essentiel pour découvrir des voies différentes. Par exemple il utilise l’ordinateur et l’appareil photo pendant le processus de la création de ses peintures et assemblages, fait usage des boutons, pièces de puzzle, fils, perles et figurines plastiques de soldats, profite de la photo de la personne dont il va réaliser son portrait avec le bois qu’il produit sur la principe de l’illusion optique. En bref Jean-Pierre Séguin a réussi à créer des lectures différentes (des éléments à l’ensemble, de l’abstrait au concret ou vice versa selon la perception du spectateur) avec ses œuvres dans lesquelles il fait usage de la technologie et la tradition artistique ensemble. Ses œuvres sont exposées dans plusieurs exhibitions personnelles ou de groupe dans les pays différents et se trouvent dans diverses collections privées ou publiques, il est représenté par la galerie OK Harris.

Volunteer Nurse, 2013, figurines glued and painted on wood, 60’’X 48’’.

Safak Gunes Gokduman: Pourriez-vous nous parler un peu de vous?

Jean-Pierre Séguin: Je suis né à Montréal dans un des quartiers les plus pauvres et durs de la ville. Mes parents n’étaient pas riches, mais grâce à leurs courage et travail, nous n’avons jamais manqué des besoins essentiels. Mes parents ont eu trois enfants consécutivement, Claudette, André et Louise. Ensuite, ma mère a fait neuf fausses couches avant que je nais, neuf ans plus tard. Enfin, c’est mon beau-frère, Laurent, qui m’a initié au dessin et à la couleur.

À l’école primaire, j’étais un des meilleurs dessinateurs de l’école, mais je m’intéressais beaucoup plus aux sports et surtout au hockey. Les arts visuels demeuraient quelque chose d’abstrait pour moi, je n’avais aucune connaissance historique et technique.

S.G.G.: Comment a-t-il commencé votre l’intérêt à l’art?

J.P.S.: Vers le milieu de mon adolescence, j’ai recommencé à dessiner en m’inspirant du mouvement hippie et des Beatles. Mais, mon intérêt pour les arts est arrivé par pur hasard. J’étais assied dans un café avec un de mes amis, lorsqu’un inconnu s’assoit avec nous. Il sort de son sac un carnet de dessins et il commence à nous expliquer différentes techniques de dessin. Il nous montre comment Léonard de Vinci dessinait un oeil, comment faire la rondeur, la lumière, l’épaisseur de la paupière, les cils, les plis de la peau, etc. J’étais impressionné par ses connaissances et sa passion et je sentais le besoin d’en connaître davantage. Environ une heure plus tard, l’inconnu est parti et je ne l’ai jamais revu. Le lendemain matin, je me suis acheté un livre sur Léonard de Vinci, mon premier livre d’art. C’était le début de ma passion pour l’art. Par la suite, j’ai acheté des livres qui traitaient des impressionnistes, de Picasso, des surréalistes, de Klee, de Magritte, du Pop Art, de Duchamp, etc., etc. Je m’intéressais et aimais tout ce que je découvrais. À cette même époque, j’ai réalisé mon premier tableau à la peinture à l’huile, un paysage surréaliste. Je voulais devenir un peintre et j’ai décidé de faire des études en art visuel

S.G.G.: Qu’est-ce qui vous a influencé?

J.P.S.: Mes influences ont été nombreuses, car j’aimais tout. Je voyageais entre l’abstraction et la figuration selon mes désirs. Picasso et Bacon ont été des peintres très importants pour moi. J’aimais leurs façons de nous présenter sur une même surface des éléments qui appartenaient à la figuration et à l’abstraction. Parmi les peintres contemporains, J’aime beaucoup le travail de Gerhard Richter et de Chuck Close. Étant donné mon attirance vers le portrait, il est impossible de ne pas tenir compte du travail de ces peintres.

Mais, c’est surtout des mouvements de pensées, l’art conceptuel, le pop art, le body art, l’art abstrait, le photorealisme et l’art de citation, qui m’ont influencé. Ils m’ont permis de réfléchir sur ma façon d’aborder l’image peinte et photographique.

S.G.G.: Vous avez mentionné que votre premier tableau était un paysage surréaliste quoique vos travails actuels sont orientés à la figure. Comment ce changement a eu lieu?

J.P.S.: J’avais environ 16 ans lorsque j’ai peint ce tableau. Je n’avais pas beaucoup de connaissances, je n’avais pas encore amorcé mes études en art. Si je me souviens bien, mon deuxième tableau était expressionniste, mon troisième était inspiré de Picasso, etc. Avant d’établir mes choix en art visuel, j’ai exploré différentes approches et de nombreuses techniques. Néanmoins, ce premier tableau surréaliste était à la manière de Salvador Dali. Il était très réaliste, c’est le contexte qui était surréaliste. Découvrir ses priorités n’est pas toujours facile et la carrière d’un artiste n’est pas inévitablement linéaire.

Picasso a exploré durant toute sa vie, il passait souvent d’une manière de faire à une autre. Beaucoup d’artistes contemporains exploitent différentes approches et disciplines différentes. Nous pouvons penser à Damien Hirst, Wim Delvoye, Gerhard Richter et il y en a beaucoup d’autres.

Chuck Close, 2011, wood turning, vinyl paint, 28 x 22,5 cm.

S.G.G.: Vous travaillez dans divers domaines comme estampes, peintures, assemblages, sculptures même photos. Et on remarque votre propre style à tous. Comment parvenez-vousàcréer dans ces domaines différentes?

Sont-ils, vos oeuvres, des produits des périodes différentes ou sinon vous les produisez simultanément?

J.P.S.: Mon but est toujours le même, je veux découvrir de nouvelles façons de produire une image et jouer avec la perception selon les distances de lecture. J’utilise différents moyens de production, mais ma méthode de travail est toujours sensiblement analogue. Mon désir est de décomposer l’image pour la reconstruire de manière innovatrice.

Peace and Love-1, 2011-12, 3000 plastic soldiers glued and painted on canvas and wood, 213 x 182 cm.

S.G.G.: On reconnait la polyvalence de vos travails aussi au choix de matériels dans vos assemblages. Des boutons, des fils, des pièces de puzzle acquérissent des nouvelles identités à vos mains. Considérant les portraits résultants, les figurines de soldats peut être perçues comme les extrémités de votre choix de matériels. A quoi pretez-vous del’importance quand vous choisissez vos matériels?

J.P.S.: Le choix des matériaux peut être déterminé pour sa relation avec l’image à produire, comme dans l’utilisation des soldats pour l’exposition « WW2 ». Mais le plus souvent, ce sont les qualités visuelles et esthétiques de la matière qui m’intéressent. Peu importe les matériaux utilisés, mon intention demeure le même, je compte surprendre le regardeur. Je veux le faire voyager entre le rationnel et l’irrationnel, entre la pensée et l’émotion.

S.G.G.: Ce dont attire mon attention dans vos assemblages, peintures, estampes même vos oeuvres digitales le principe d’induction est dominante. Est-ce que c’est correct?

J.P.S.: Oui, vous avez parfaitement raison. Une grande partie de mon travail est cérébrale. L’élaboration du projet, le choix des photos et la décomposition de l’image demeurent un travail plus intellectuel. La partie finale du projet, la préparation de la surface, les assemblages et l’application de la peinture sont plus physiques. C’est pour cela que je considère mon travail comme étant conceptuel. Je peux facilement développer, préparer le projet et superviser sa réalisation faite par des assistants, comme un architecte ou un réalisateur de film.

Rita Hayworth, 2012-13, thread on canvas, 5 34’’X 5 34’’.

S.G.G.: Vous peignez les actrices comme Rita Hayworth, Ingrid Bergman, Judy Garland ainsi que les personnages politiques comme John F. Kennedy, Martin Luther King, Mao. Vous les choisissez avec vos sentiments ou bien selon l’influence de ces personnages sur la société?

J.P.S.: Le choix des personnes n’est pas déterminé par mes sentiments ou par l’importance de ces personnes. Mon choix est fait en fonction du projet que je veux réaliser. Pour mon exposition « WW2 », j’ai choisi Rita Hayworth, Ingrid Bergman et Judy Garland parce qu’elles étaient actives durant la deuxième Guerre mondiale. Elles font partie de ce moment de l’histoire de l’humanité. Pour cette même exposition, j’ai fait le portrait de John F. Kennedy, car il était lieutenant dans la marine. Pour le projet sur les « Portraits POP », j’ai réalisé les portraits de John F. Kennedy, Martin Luther King, Mao, Marilyn Monroe, etc. parce qu’ils sont des personnes populaires. Lorsque j’ai demeuré un an à Paris, mon projet a été de peindre les portraits des personnes qui me visitaient, indépendamment de leur notoriété. Concernant mon projet « Portraits d’artistes », je choisissais des artistes que je pouvais photographier, certains étaient très connus et d’autres moins. Le choix du sujet est déterminé uniquement par l’intention.

Lieutenant Kennedy, study 1, 2013, acrylic on paper, 38 12’’X 30 14’’.

S.G.G.: Sont-elles influantes, les particularités physiques des personages que vous peindrez, sur votre choix de matériels?

J.P.S.: La problématique est davantage la décomposition analytique d’une figure. Je veux que le regardeur qui se rapproche de l’image perde l’identité de la personne. Non, les particularités physiques n’ont pas d’influence sur mes choix. Cependant, il est possible d’élaborer un projet dans ce sens. Je pense que cela pourrait être intéressant.

S.G.G.: Vous avez dit que vous êtes influencé de plusieurs courants. Quand même votre matériel et votre technique varient, vos œuvres m’évoquent le photoréalism le fait qu’ils créent l’impression de photographie et l’Op Art parce qu’ils sollicitent illusions optiques. Que dites-vous sur ce sujet? Me trompé-je?

J.P.S.: Oui, vous avez raison. Toutefois, je pense qu’il y a quelques différences. Lorsque vous regardez un tableau photorealiste, les distances de lecture ne changent pas beaucoup l’image, le sujet est toujours le même, la réalité est dominante. L’intention n’est pas de nous éloigner de la réalité photographique.

Concernant l’art optique, les artistes, Vassarely, Soto, Le Parc, Agam, etc., ont travaillé dans l’abstraction géométrique. Très peu, comme Markus Raetz, ont exploité l’optique dans des images réalistes. Ma manière de créer et mon approche de l’art optique ont certainement plus d’affinité avec cet artiste.

Pour moi, l’utilisation des méthodes optiques pour fabriquer mes images est une façon de proposer différentes lectures au spectateur, de l’objet au portrait, de l’abstraction à la réalité et vice-versa.

M.C., 2002-03, buttons on canvas, 168 x 130 cm.

S.G.G.: Pourriez-vous nous parler un peu de votre technique?

J.P.S.: Je travaille à partir de photographies que je décompose en trame. Les dimensions de l’image quadrillée sont choisies en fonction de la représentation que je veux obtenir. Aussi, il est important pour moi, d’obtenir différentes lectures possibles. Je cherche à troubler la perception du spectateur et à trouver les moyens qui vont le pousser à se déplacer et à aborder le portrait depuis des distances différentes. Celui qui se rapproche de l’image pour mieux voir, perd de plus en plus le sens de la réalité identifiable de la photographie, les repères propres au médium qui d’ordinaire le guident lui échappent et il tombe ainsi dans une forme de lecture purement plastique et même abstraite.

Je travaille mes tableaux pour que leurs lectures de près et de loin soient différentes et intéressante. Ainsi, je réalise deux tableaux dans un seul, un que l’on perçoit de loin et un autre que l’on perçoit de près. Il est important que ces deux tableaux aient des qualités visuelles équivalentes pour soutenir la curiosité du spectateur.

Lorsque la photographie a été quadrillée selon mes besoins et que les couleurs ont été choisies, il faut appliquer la peinture. Cette application demande de respecter le choix des couleurs et des carreaux à remplir. Cela impose une précision, une grande patience et une bonne persévérance, mais cela n’exige pas une hyper dextérité. Pour ces raisons, mes tableaux ne sont pas hyperréalistes, ils sont plus d’un réaliste photographique. Ma manière de travailler est plus conceptuelle, c’est une approche géométrique et mathématique.

Sting, 2009, beads, 16,5 X 11,5 cm.

S.G.G.: Parlons un peu de vos sculptures. Elles apparaissent comme des vases à première vue bien qu’elles forment des portraits basés sur des illusions optiques: Les portraits de Pierre Ayot, Andy Warhol, Raymond Lavoie, Chuck Close. Quelle technique utilisez-vous en créeant ces sculptures?

J.P.S.: Cette illusion d’optique est connue depuis très longtemps en dessin. J’ai eu l’idée de l’utiliser en sculpture. Produire un vase qui devient un portrait selon la perception du spectateur, cela s’inscrivait directement dans mes préoccupations visuelles. J’utilise la photo d’une personne vue de profil et j’en tire une silhouette. À partir de celle-ci, on fait un vase en bois tourné. La technique est simple, mais le rendu est efficace.

S.G.G.: Vous avez une exposition à la galerie OK Harris du 8 Mars au 18 Avril. Parlons un peu de cette exposition

J.P.S.: Depuis plusieurs années, j’utilise différents matériaux et objets pour produire des images. En 2011, j’ai réalisé un tableau « Peace and Love » avec des petits soldats en plastique. Je voulais produire d’autres tableaux en utilisant des petits soldats, mais il était important que l’image produite soit en relation avec les soldats. J’ai choisi de composer des images qui font référence à la Deuxième Guerre Mondiale. Mon exposition « WW2 » sera présentée à la galerie OK Harris de New York, du 8 mars au 19 avril 2014. Elle regroupera des oeuvres réalisées dans différentes techniques. De grands tableaux réalisés avec des petits soldats en plastique, des broderies, un tableau à l’huile, des acryliques sur papier et des impressions numériques seront exposés. Les sujets exploités sont des portraits, des avions et des drapeaux. Je ne voulais pas exploiter des images dramatiques, mais davantage rendre hommage aux combattants.

Ce reportage est publié à rh+ artmagazine dans son numéro 105 (Février 2014).

Jean Pierre Seguin, Otoportre

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Şafak GÜNEŞ GÖKDUMAN

Hakkında Şafak GÜNEŞ GÖKDUMAN

2000- İstanbul Üniversitesi Edebiyat Fakültesi Türk Dili ve Edebiyatı Bölümünden mezun oldu. 2001-2002- İstanbul Teknik Üniversitesinde İnkılap Dil Enstitüsü’nde bir yıl İngilizce Hazırlık okudu.(Sanat Tarihi YL) 2005- İstanbul Üniversitesi Türk Dili ve Edebiyatı ABD. Yüksek Lisansını tamamladı. Ocak 2017 “1980 Sonrası Türk Romanında Üstkurmaca” başlıklı teziyle İstanbul Üniversitesi Türk Dili ve Edebiyatı Doktora programından mezun oldu.Marmara Üniversitesi Türkiyat Araştırmaları Enstitüsünde Türk Sanatında doktora çalışmalarına devam etmektedir. 1998 yılından itibaren Varlık, Virgül, E, Hürriyet Gösteri, Sanat Antika Koleksiyon ve rh+ artmagazine gibi dergilerde sanat ve edebiyat üzerine makale ve röportajları yayımlanan Şafak Güneş (Gökduman), Kasım 2013’ten beri KolajART’ın Yayın Yönetmenliğine devam etmektedir. Abdülhak Şinasi Hisar’ın İstanbul’u adlı incelemesi İBB. Kültür A. Ş. tarafından yayımlanmıştır.

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